Il y a un chiffre dans la formation professionnelle suisse dont personne n’est fier.
Dans le canton de Schaffhouse, le taux d’abandon des apprentis dans les métiers de la gastronomie – cuisiniers, employés de restaurant, aides de cuisine – oscillait ces dernières années entre 30 et 70 %. Ce n’est pas un mauvais trimestre. Ce n’est pas un cas isolé. Un problème durable et structurel qui a discrètement vidé le secteur des personnes dont il avait le plus besoin.
Lukas Pem connaissait bien ce chiffre. En tant qu’instructeur de cours interentreprises, expert culinaire et coach didactique chez Get More Brain, il a passé des années à l’intersection de la pratique de la cuisine et de la pédagogie professionnelle. Il avait également constaté les causes des abandons : il ne s’agissait pas d’un manque de motivation de la part des apprentis, mais d’un manque de soutien de la part des personnes qui les formaient.
Les formateurs professionnels – les cuisiniers, les chefs de rayon et les restaurateurs qui accueillent des apprentis dans leur entreprise – ont été largement laissés à eux-mêmes. Il y avait un cours obligatoire pour les formateurs et une réunion annuelle. Au-delà : bonne chance.
La vision
Début 2025, Lukas a codéveloppé une proposition de projet pour l’Hotel Gastro Formation Schaffhausen (HGf-SH), l’organisme cantonal chargé de coordonner la formation professionnelle dans l’hôtellerie. L’idée s’appelle « Gemeinsam statt einsam » – « Ensemble plutôt que seul ».
L’objectif était précis : réduire de deux tiers les taux d’abandon de l’apprentissage, en passant d’un maximum de 40 % à un maximum stable de 15 % d’ici à l’année scolaire 2028/29.
L’approche s’est concentrée sur une partie du système que la plupart des programmes de soutien négligent complètement : les formateurs professionnels. Si vous renforcez les personnes qui dispensent la formation – en leur donnant des outils, des bonnes pratiques, un endroit où poser des questions, une communauté sur laquelle s’appuyer – les résultats pour les apprentis suivent.
Au printemps, le projet a remporté le Prix Vision, la récompense la plus reconnue en Suisse pour l’innovation dans le domaine de la formation professionnelle. Ce prix s’accompagne d’un financement de 32 460 francs suisses et, surtout, d’un mandat pour construire quelque chose de durable.
Le partenaire
Pour mettre en place l’ossature numérique du projet, HGf-SH s’est tourné vers Get More Brain.
Ce choix n’était pas fortuit. Lukas travaillait depuis des années avec la plateforme de GMB, développant des supports de cours inter-entreprises, construisant des parcours d’apprentissage et testant ce qui fonctionne réellement lorsque le contenu doit être utilisé dans une cuisine professionnelle, et non dans une salle de classe.
La base technique était claire dès le départ : bitmark comme norme de contenu, le CMS GMB pour l’organisation et la gestion, et l’application Get More Brain comme surface de diffusion mobile. Non pas parce que c’était le choix le plus évident, mais parce que c’était le bon.
Le contenu de la formation gastronomique doit fonctionner sur un smartphone entre la préparation et le service. Il doit être disponible en plus de 130 langues pour les apprentis dont la langue maternelle n’est pas l’allemand. Il doit être structuré de manière à ce que les formateurs puissent s’y retrouver sans manuel. Et il doit se trouver dans un endroit auquel toutes les parties – l’école professionnelle, le centre de formation interentreprises et l’entreprise – peuvent accéder ensemble.
C’est exactement ce que permet l’architecture à trois niveaux du bitmark, du CMS GMB et de l’appli.
Ce qui a été construit
Le résultat est skillsdoc – un système intelligent de documentation de l’apprentissage pour les apprentis des métiers de la gastronomie, construit sur la plateforme Get More Brain.
Il couvre tous les métiers d’apprentissage de la gastronomie suisse : cuisiniers et aides-cuisiniers, professionnels de la restauration, personnel de l’hôtellerie, spécialistes de la communication dans l’hôtellerie.
À la base, skillsdoc est un outil de documentation sur l’apprentissage. Mais cette description sous-estime ce qu’il fait réellement.
Les apprentis documentent leurs travaux pratiques directement sur le lieu de travail – sur leur téléphone, dans l’instant, dans le cadre de leur travail quotidien. Les formateurs examinent, approuvent ou commentent. À la fin de chaque semestre, le rapport de formation est généré à partir des données qui ont déjà été collectées tout au long du semestre, plutôt que d’être rempli de mémoire au cours d’une seule session stressante.
La plateforme comprend également les normes de bonnes pratiques élaborées dans le cadre du projet Prix Vision : des conseils structurés pour les formateurs sur les dix étapes les plus importantes de la formation professionnelle, de la sélection des apprentis à la préparation de l’examen final. Il ne s’agit pas de modèles génériques. Ils sont construits à partir de l’expérience accumulée par les praticiens du canton et organisés en parcours d’apprentissage exploitables.
Un système de triage et de coaching accompagne le contenu : les formateurs professionnels qui rencontrent des difficultés peuvent demander de l’aide, accéder à la médiation ou entrer en contact avec un mentor expérimenté. L’infrastructure nécessaire à cet effet passe également par la plateforme.
L’ensemble du dispositif est conçu pour durer au moins dix ans, jusqu’au prochain cycle de réforme professionnelle. L’économie en est le reflet : 99 CHF par apprenti pour toute la durée de l’apprentissage, sans frais supplémentaires pour les formateurs.
Les résultats
Le projet est en cours de déploiement actif, la plateforme devant être mise en service au début de l’année scolaire 2025/26. Les premiers indicateurs sont ceux auxquels on peut s’attendre lorsqu’un système fragmenté est enfin connecté : les formateurs sont moins isolés, l’information circule entre les lieux d’apprentissage et le langage partagé entre l’école, la formation interentreprises et le lieu de travail n’est plus un objectif sur un jeu de diapositives.
Les chiffres du taux d’abandon scolaire pour les années à venir seront plus parlants.
Ce qui est déjà clair, c’est qu’un problème qui a été toléré pendant des années parce qu’il semblait structurellement insoluble s’est avéré résoluble dès lors que quelqu’un a cessé d’attendre une solution imposée d’en haut et a construit l’infrastructure lui-même.